Il est un lieu où notre société se concentre, où l’on y trouve en grattant bien les germes d’une manière de voir le monde qui m’échappe totalement: l’école maternelle publique.
Comment s’attendre à former des individus qui réfléchissent simplement, et forment leur mode de pensée sainement dans un endroit où il est question dès 3 ans (et parfois même avant) de disciplines du type: découverte du monde, maîtrise du langage oral, mathématiques, motricité. En écoutant ses maîtres et maîtresses parler, on se demande comment l’âme des enfants peut trouver son chemin naturel au milieu de tout ça.
Lorsqu’on voit un enfant jouer dehors et commenter ce qu’il voit, sent, touche et goûte lors de promenades, comment peut-on penser à lui enseigner comment découvrir le monde ? Alors que bien souvent c’est son œil neuf qui nous permet de le redécouvrir nous-mêmes. Lui, va voir la sauterelle qui arbore l’exacte couleur de cette feuille et qui se fait discrète sur notre passage.
Et surtout quel non-sens de découvrir le monde enfermé dans une classe…chaque sortie est question de budget même à la campagne où l’école est à deux pas d’une forêt !
Maîtriser le langage oral…l’enfant imite avec une telle férocité qu’il suffit de lui parler correctement pour qu’il évolue, de varier les termes employés, de lui raconter des histoires, de lui chanter des comptines et autres jeux de doigts sans tout le temps vouloir le faire rire mais en utilisant toute la beauté du langage. Lui faire aimer, jouer avec les mots, écouter, sentir, jouer en mettant de la conviction comme un conteur le ferait. En vivant les histoires au lieu de les lire toujours…
En offrant aux enfants des images à voir dans son imagination, telle qu’il veut se les représenter. Lorsqu’on a les images, le langage devient aussi important que de respirer, et que font-ils ses petits vers l’âge de deux ans à part mettre toute leur énergie à vouloir se faire comprendre ? Sauf si on la détourne vers trop de complication, sauf si on en fait des petits adultes miniatures dispersés dans tant d’activités précoces.
Mathématiques ? L’enfant conte et partage, le goûter est un moment extraordinaire pour diviser les noisettes, pour dire que celui-ci en a plus que moi
. La branche qui part toute tordue, celle-ci qui est bien droite, les merveilleux cercles concentriques que l’eau nous offre lorsqu’on lui jette une pierre.
Motricité, là encore un enfant qui joue dehors, travaille sa motricité comme aucun adulte ne pourra le lui enseigner et quel travail: les escaliers, les courses, apprendre la balançoire, se faire des cabanes et arriver à se faufiler dans un endroit improbable…
On fait aussi découvrir la nourriture aux enfants en découpant des prospectus de super-marchés
…et pourquoi ne pas acheter quelques légumes de saisons et permettre aux enfants de les goûter, de les éplucher pour les plus grands, de les cueillir si on peut. Pourquoi toujours l’image comme support privilégié, la réalité n’est-elle pas plus riche de saveur, de goût, d’odeur, de texture, de son ?
Certes l’utilisation des ciseaux est une compétence à développer, mais pourquoi pas en découpant de la laine ou autre matériaux naturels utiles dans la réalisation d’un petit bricolage de saison avec des feuilles, des coquilles de noix, un brin de blé, un bouquet de lavande…. qui ne coûtent rien et offrent un maximum de découvertes et de satisfaction du travail réalisé.
Découper est une activité que l’école pense importante, elle est d’ailleurs très présente, alors que faire ses lacets par exemple, l’est beaucoup moins. Et on conseille même de mettre des chaussures à scratch à nos bambins. Ceci car « il est important de favoriser l’autonomie » (et permettre aux maîtresses de préparer l’enfant plus rapidement, ce qui est LA raison que l’on peut comprendre vu les effectifs d’enseignants dans ces petites classes). Pourtant faire ses lacets est un apprentissage qui mobilise le cerveau et offre très régulièrement de nombreuses connexions neuronales…comment apprendre si on ne fait pas ? Nos enfants se seraient déplacés plus rapidement avec un fauteuil roulant mais ils ont voulu marcher, pour faire comme nous. Et c’est en forgeant….
Et que dire de cet environnement si pauvre en couleurs, de ces lettres non manuscrites qui ornent les étiquettes des prénoms que chacun doit reconnaître, le noir et le blanc des feuilles de travail. Les couleurs lorsqu’elles sont présentes sont criardes, ternes, oui surtout ternes. Regardez les couleurs de la nature, elles ont de la brillance, de la profondeur, c’est la pluie, la rosée qui leur donne cet aspect presque magique. Dès lors pourquoi donner systématiquement de la gouache à des enfants, elle qui sèche si tristement ? L’aquarelle offre la brillance, la transparence, les mélanges de couleurs qui bougent sur le papier mouillé comme si elles étaient vivantes.
A l’école publique on attend que la Mairie veuille bien changer les rideaux pendant des mois, alors que si quelques parents s’y mettaient un week-end en discutant avec leurs petits qui jouent tranquillement à côté, les rideaux seraient faits avec amour du travail bien fait pour nos enfants. Et quelle leçon pour nos petits que de voir plusieurs adultes travailler ensemble dans la joie pour que leur vie soit belle ! Mais sous prétexte que c’est dû alors on ne donne pas, on demande.
Autre détail qui m’a profondément choquée, les fameux « signes religieux ostentatoires ». On ne peut pas porter de croix à l’école, ou alors bien cachée sous le t-shirt. Vous savez à quel point le christianisme n’est pas ma religion (!) mais là j’en reste bouche bée. Sous prétexte d’équité entre les religions on ne peut même plus porter un symbole, on ne peut même pas offrir à son enfant la petite croix en or qui protège depuis des générations…ou alors si mais en lui demandant bien de ne pas la montrer à l’école. Quel premier contact rafraîchissant avec la spiritualité !
Mes enfants ne portent rien, cependant, je trouve vraiment injuste d’interdire à d’autres un petit symbole qu’il soit Etoile de David, Main de Fatima, Etoile ou Croix. Comment enseigner aux enfants la diversité des religions et la tolérance sur une planète où environ 60 % des hommes et femmes sont croyants ? Je pense que le symbole en lui-même n’est pas ostentatoire c’est le comportement qui l’est. Là, encore c’est le rôle des parents et de l’école à mon avis de permettre aux enfants de ne pas avoir besoin de leur religion pour s’affirmer. Et que dire des cartables Dora et autres Charlottes aux Fraises ? N’est-ce pas ostentatoire ? Surtout accompagné de l’inséparable fierté bien compréhensible de l’enfant tout content: « MOI, j’ai un cartable Dora ? » et celui qui n’en a pas ? Ne se sent-il pas plus exclu que celui qui n’a pas de croix ?
Ce texte m’est pourtant inspiré par une école de campagne avec une maîtresse très sympathique, à l’écoute des parents, volontaire et généreuse… j’ai pu en visiter de bien pires.
Alors certes, chaque école à ses petites différences et certaines ne se retrouveront pas dans ces habitudes, pourtant on peut retrouver tout cela au même endroit sans que personne ne crie « au secours ».
A part nos petits peut-être lorsque nous les laissons le jour de la rentrée, si jeunes, aux prises avec autant d’attentes posées sur leurs petites épaules avides de soleil, de pluie, de vent et de terre…